Alors pour être en communion avec lui, j’ai infusé un thé à la
menthe et ressorti L’art du thé au Maroc. En savourant ce thé que je ne sucre pas,
j’ai vu défiler certains de mes étudiants musulmans devenus instits, ils m’ont
marquée par la faculté qu’ils ont eue d’intégrer 2 cultures en profondeur mais
aussi et surtout par la vision qu’ils avaient de leur rôle auprès des enfants
de leurs communautés marocaine, algérienne, tunisienne et turque. Je ne sais
pas qui a le plus appris de l’autre… Je pense par extension à cette communauté
musulmane, celle des vrais croyants, vivant leur foi de manière authentique et
discrète à des années-lumière de ces imposteurs qui leur font du tort.
Et tout
en réfléchissant à cela, je me rappelle la voix envoûtante de Taos Amrouche. Elle
a fait revivre des chants ancestraux qu’elle tenait de sa mère dont la devise
était : "Mieux vaut une vérité qui fait mal qu’un mensonge qui fait plaisir.".
Voilà ce qu’elle en dit : "Pour ma part, ayant baigné depuis l’enfance
dans le merveilleux climat de ces chants et de ces poèmes traditionnels, le
miracle était que je puisse prendre assez de recul pour en découvrir toute la
force magique et la beauté :c’est la grâce qui me fut accordée et qui me
permit de recueillir des lèvres de ma mère, avec la docilité totale et le
respect de l’élève en face du maître, ces chants dont la lumières chemine vers
nous depuis des millénaires." Je ne comprends évidemment rien aux
paroles mais elles me touchent au fond de l’âme, je ne sais pourquoi, peut-être
cette mélancolie que je sens derrière ces psalmodies. Aurais-je été berbère
dans une autre vie ?
Ou Kabyle ? Je ressens ce que je ne
comprends pas par les paroles, je suis allée dans cette montagne de Kabylie
appelée Djurdjura aux paysages à couper le souffle. Il est temps de pour moi de
parcourir cette mine d’or. Le premier chapitre est consacré aux Origine,
culture et marché du thé. Ce chapitre reprend les thèmes habituels sauf
un qui parle des dynasties du thé : Lipton, Twining, Mariage Frères, Damman
Frères et la famille Jumeau-Lafond. 

"La dégustation des experts est un
moment crucial de la sélection des thés. Ici le plus grand expert de son
époque, Jean-Jumeau-Lafond (à droite), déguste en compagnie de son fils et
successeur Jacques-Jumeau-Lafond dans le laboratoire de la société R. & P. Damman
Frères." Si j’ai choisi cette photo, c’est que je trouve touchant
cette idée de la transmission d’un père à un fils, comme un « learning
by doing », moments privilégiés de complicité. Il manque la dynastie George
Cannon, dommage et peut-être que bientôt d’autre(s) viendront s’y ajouter... (= message codé). Le
chapitre suivant aborde Le thé au Maroc. " Le thé
fut introduit pour la première fois au Maroc à la cour de l'empereur Maoulay
Ismail (1672-1727), qui détenait soixante-neuf prisonniers de guerre britanniques
et refusait de les libérer. On rapporte que la reine Anne d'Angleterre
(1665-1714) estima que "deux grande fontaines à thé et un peu de thé de
bonne qualité" seraient ce qui pourrait adoucir le cœur de l'empereur du
Maroc." On y apprend aussi pourquoi le thé vert et non le noir: "Ce
thé quand il est vert répondra mieux à la proscription islamique du
fermenté."
Le verre utilisé servait auparavant au vin "liqueur
illicite, celle qui transporte le corps dans les vaporeuses situations d'un
paradis terrestre." Extraordinaire transformation du
contenu de ce verre, si poétiquement décrite: " Une eau brave,
préparée par un brave homme et que l'on ne boit que pour sa douceur." Comme
en Chine, le thé fut d'abord l'apanage de la cour, puis petit à petit se
répandait dans toutes les couches de la population. Vers la fin du XIXe siècle, le Maroc connut "une
grave crise de subsistance à cause de la restriction des importations de
denrées alimentaires sauf le thé" à tel point qu'une expression
l'illustre bien: "Le pauvre vit de pain et de thé"
J'ai
relevé parmi les réclames combien le thé est associé au bonheur
ou à la
chance.
Une publicité d'Air France de 1950 montre quelle place occupait le
thé dans la représentation de ce pays.
Il y aurait encore beaucoup à dire à ce sujet, je vous renvoie à cette
lecture passionnante d'un livre très bien écrit et magnifiquement illustré. Je
préfère l'évoquer par petites touches, associant photo et texte court comme une
invitation à découvrir le reste.
"Au
Maroc, on s'assoit pour prendre le thé, on s'enfonce dans des divans bas. Cela
veut dire que l'on n'est pas prêt de se relever. Plaisir et volupté. Le rythme
est lié au thé. Et pour le préparer, il faut du temps. C'est une rupture
(...)".

Ou encore: "L’heure du thé est celle des poètes mais
aussi celle des chuchotements et des confidences : tout devient harmonie
et douceur de vivre loin des rumeurs de la ville et du temps qui passe".
Et je ne vous parle pas de toutes ces petites gâteries qui accompagnent ces
moments hors du temps... Et encore ici, on n'en voit que très peu!
Dans ces pays d’Afrique du Nord, le thé est
excessivement sucré à l’aide de ces pains de sucre, fabriqués à partir de la
canne à sucre, apparurent dès le XIIe au Maroc. Je me souviens avoir bu le thé
le plus sucré et cependant encore très fort en plein désert du Sahara quelque
part entre El Oued et Hassi Messaoud. Nous avons été invités par une famille d’abord
pour un thé et puis pour partager leur repas, à la lumière blafarde et très
tamisée d’une lampe à pétrole. Servi dans une grande bassine, nos hôtes, uniquement
des hommes et 2 adolescents. Eux mangeaient avec leurs doigts, nous avons eu
droit à une cuillère. C’est là que là que j’ai mangé pour la première fois des
protéines très spéciales, croquantes et sans beaucoup de goût, c’était une
sauterelle. C’était en 1969, au milieu de nulle part, je garde encore aujourd’hui
ces émotions fortes ressenties alors, ces gens n’avaient rien et ils nous ont
tout donné… Je ne savais pas en abordant ce livre que tout cela me reviendrait
de manière à la fois douce et violente.
Leur hospitalité est un véritable
art de vivre et la cérémonie du thé en est une belle illustration. J’en
parlerai une prochaine fois en abordant les ustensiles si particuliers et si représentatifs.
Il me faudra aussi revenir sur le dernier chapitre intitulé Métaphores
du thé, consacré aux chants, à la poésie et à l’expression artistique
en lien avec le thé
Je voudrais terminer par une autre illustration qui
montre la place de cette boisson mythique dans la vie laborieuse de ces hommes,
elle s’intitule "Le "thé du chantier" véritable institution dans le secteur
du bâtiment et des travaux publics au Maroc ! Tout chantier au Maroc
démarre par un sacrifice de coq ou de mouton, dans le but de conjurer le
mauvais sort, ainsi qu’une mise à disposition d’une bonne quantité de thé
destiné à "booster" les ouvriers durant leur labeur".
Commencé
hier, en buvant ce fameux thé de là-bas, « achevé » aujourd’hui en
sirotant ce "simple" Sencha de Magie
du thé, j’y ai pris un immense plaisir mêlé de beaucoup d’émotions.
Souvenirs personnels bien sûr mais aussi cette manière qu’a l’auteure de nous
faire pénétrer tout en douceur et en finesse dans le monde du thé en Afrique du
nord et ici particulièrement au Maroc : " (…) Dans un monde où la
hâte fébrile dévore tout, elle est une manière de vivre le temps, de l’accueillir,
l’apaiser, offrir une oasis pour rêver, méditer. Et comme dit le poète :
Je vous
salue par la théière
Vous voir
de mes yeux j’en suis fier
Sinon je n’ai
plus qu’à prendre la mer".
J’espère
simplement vous avoir donné l’envie de découvrir cela à travers ce livre
magnifique, ceci n’en sont que les prémices, il y a encore tant de choses à en dire…
Ce matin, avant de reprendre
ce "travail", j’ai infusé un Tamakawa
Yokosawa de Yasu Kakegawa, ce thé qui m’a fait découvrir ENFIN l’umami (http://la-theiere-nomade.blogspot.be/2012/07/le-lendemain-de-la-veille-fin-de-ce.html
).
Pour le savourer, j’ai inauguré un des cadeaux de Guillaume, mon très généreux
donateur. J’en aime l’aspect irrégulier et craquelé.
Ainsi que la
matière brute du fond de ce "bol" qui doit certainement porter un
nom (Cathy, au secours…). Et j’ai retrouvé cette fameuse saveur. Encore merci à
Yasu pour son accueil, son enseignement et cette belle découverte. Et merci à toi, Mohamed, sans ton coup de fil, je ne me serais pas replongée dans ce livre qui m'a fait revivre des moments si forts.
6 commentaires:
coucou,
Super ton billet sur les thés orientaux, j'ai beaucoup de retard dans ma lecture on va on vient entre Alsace et Franche-Comté
Je t'embrasse Fabienne
Bonsoir Francine
Je ne trouve malheureusement plus ce livre même en librairies d'occasion , c'est bien dommage .Alors un grand merci pour ce petit aperçu , bonne soirée Brigitte
@ fab: merci, j'y ai pris beaucoup de plaisir.Et tes va-et-vient, c'est pour fuir la chaleur de ta belle ville?... Biz et à très vite.
@ Brigitte: c'est vrai qu'il est superbe, si tu le souhaites, je peux mettre un ami sur le coup, il passe sa vie chez les bouquinistes. Bonne soirée, biz
Bonjour Francine
Merci pour ce superbe billet! Je ne sais pas si je peux venir à ton secour ;) mais je pense que celà doit être " Kôdaiuchi" ( kôdai= pied/petit support= étagère; vers l'intérieur)avec les traduction ce n'est pas évident !! Puis le dessin que l'on peut voir pourrai s'appeller " Kajiri" pour sa forme de spirale/ coquillage
Comme tu as pu le constater toi même le pied est tout aussi important puisque il indique aussi l'habilité du potier, son expérience, son sens artistique et sa sensibilité.
Sur ce je vais me faire un Gyokuro que j'ai ramené de " Magie du Thé" ....
Bises
@ Cathy: merci pour ton mot et les infos! Comment as-tu trouvé Magie du Thé? Je sais que Fanou n'était pas là la semaine dernière, elle a pris un bain de jouvence avec les Twins...
Bonjour Francine
Je connaissais l'endroit par biais de tes billets et photos mais c'était super, la jeune dame nous a très bien acceuillit et malgré la chaleur nous avons bu de très bon thé !!!!( ce que je savais déjà :)))) Tu es resplendissante sur les photos avec ses Twins !
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